Plus de 5 millions de contraceptifs, initialement prévus pour des femmes vivant dans les pays les plus pauvres, pourraient être incinérés en France. Une décision de l’administration Trump est à l’origine de cette situation, dénoncée par de nombreuses associations et personnalités politiques. Les produits sont actuellement stockés en Belgique, en attente d’un possible transfert vers une installation française de traitement des déchets médicaux. Les conséquences pourraient être dramatiques pour les femmes concernées, notamment en Afrique subsaharienne.
Table des matières:
- L’administration Trump ordonne la destruction d’un stock financé par l’Usaid
- Des ONG et des parlementaires proposent des alternatives rejetées
- Un enjeu de crédibilité pour la France, premier pays à inscrire l’avortement dans sa Constitution
- Des conséquences directes pour les femmes des pays les plus pauvres
L’administration Trump ordonne la destruction d’un stock financé par l’Usaid
La commande, estimée à 9,7 millions de dollars, avait été financée par l’Agence américaine pour le développement international (Usaid), aujourd’hui démantelée. Ces produits, achetés sous la présidence de Joe Biden, comprennent :
- plus de 2 millions de plaquettes de pilules contraceptives
- 900 000 implants
- 50 000 dispositifs intra-utérins (DIU)
- près de 2 millions de doses injectables
Selon Tammy Bruce, porte-parole du département d’État, il s’agit d’une « décision préliminaire » ciblant uniquement les « produits contraceptifs abortifs ». Cette qualification est remise en cause par plusieurs experts, notamment la gynécologue américaine Jennifer Lincoln, qui déclare : « Ces produits n’ont rien à voir avec l’avortement. »
Les produits devront être incinérés à deux reprises en raison de leur concentration hormonale. Le coût estimé de cette opération s’élève à 167 000 dollars. Le site prévu pour cette destruction se situerait en France, bien que les autorités françaises n’aient pas officiellement confirmé leur implication.
Des ONG et des parlementaires proposent des alternatives rejetées
Malgré des propositions concrètes de réutilisation du stock, les autorités américaines ont refusé toute option de redistribution. MSI Reproductive Choices et la Fédération internationale pour la planification familiale (IPPF) ont proposé de :
- Collecter les contraceptifs à Bruxelles
- Les reconditionner aux Pays-Bas
- Les redistribuer dans les pays prioritaires
Aux États-Unis, deux sénateurs démocrates, Jeanne Shaheen (New Hampshire) et Brian Schatz (Hawaii), ont présenté une proposition de loi intitulée Saving Lives and Taxpayer Dollars Act. Ce texte vise à empêcher la destruction de médicaments ou dispositifs médicaux « tant que toutes les possibilités de don ou de vente n’ont pas été explorées ».
Mais l’adoption de cette loi pourrait ne pas intervenir à temps pour empêcher l’incinération des produits.
Un enjeu de crédibilité pour la France, premier pays à inscrire l’avortement dans sa Constitution
Le stock est actuellement entreposé dans un entrepôt situé à Geel, en Belgique. Son transfert vers la France pour y être détruit suscite une vague d’indignation. Le 30 juillet, plusieurs organisations ont lancé une pétition dénonçant « un gaspillage économique et humain ». En 24 heures, elle a recueilli plus de 6 000 signatures. Les signataires incluent :
- Le Planning familial
- Osez le féminisme
- La Ligue des droits de l’Homme
- La FSU
Céline Thiébault-Martinez, députée socialiste, a averti que si la France restait silencieuse, elle "perdrait en crédibilité auprès des femmes". Charles Dallara, petit-fils de Lucien Neuwirth, pionnier de la pilule en France, a exhorté Emmanuel Macron à agir : « Ne laissez pas la France devenir complice de ce scandale. »
Selon la chercheuse Chelsea Polis du Guttmacher Institute, ce stock aurait permis de couvrir les besoins de 650 000 femmes pendant un an, voire jusqu’à 950 000 sur une période de 3 à 10 ans selon la méthode utilisée.
Des conséquences directes pour les femmes des pays les plus pauvres
Les produits visés étaient destinés en priorité à des femmes en Afrique subsaharienne, une région où l’accès à la contraception est déjà très limité. D’après Médecins Sans Frontières (MSF), « il s’agit de produits essentiels, pouvant sauver des vies ». L’ONG souligne que les dates de péremption s’étendent entre 2027 et 2031, ce qui invalide l’argument de l’obsolescence.
Le département d’État américain a choisi de qualifier ces contraceptifs de "produits abortifs", une désignation inexacte sur le plan médical. Ce glissement sémantique a été critiqué par la sénatrice Shaheen : « L’administration tente de justifier une décision injustifiable. »
Les autorités belges affirment explorer toutes les pistes pour éviter la destruction. La France, de son côté, déclare "suivre de près" la situation sans confirmer sa participation. Mélissa Camara, députée européenne écologiste, a interpellé le président Macron et la Commission européenne : « Nous ne pouvons pas laisser l’agenda anti-choix de Donald Trump se déployer sur notre territoire. »
Selon MSF, la solution la plus logique reste d’envoyer ces produits directement aux ministères de la Santé des pays concernés, où ils pourraient immédiatement être utilisés.
L’issue reste incertaine, mais les appels à préserver ces ressources médicales vitales se multiplient à travers l’Europe et les États-Unis.
Source: FRANCE24