IA et fertilité au cœur du congrès ESHRE à Paris
IA et fertilité au cœur du congrès ESHRE à Paris, photo: pixabay

À Paris, lors du congrès mondial de l’ESHRE, les technologies liées à l’IA se multiplient pour accompagner la lutte contre l’infertilité. Un phénomène qui concerne aujourd’hui 1 personne sur 6 dans le monde, selon l’Organisation mondiale de la santé. Face à cette réalité, plusieurs innovations ont été dévoilées début juillet au Parc des Expositions de la Porte de Versailles.

Elles s’articulent autour de trois objectifs :

  • Identifier les embryons viables de manière automatisée
  • Prédire les dates d’ovulation pour optimiser les chances de succès
  • Assister les professionnels dans un parcours médical complexe et long

Table des matières

FertilAI et Ariel Hourvitz misent sur l’analyse prédictive des cycles

L’un des outils phares présentés cette année vient de FertilAI, une entreprise spécialisée dans les solutions d’intelligence artificielle pour les cliniques de fertilité. Selon le professeur Ariel Hourvitz, membre de cette structure, l’IA permet une assistance continue tout au long du processus de fécondation in vitro.

L’algorithme mis au point par FertilAI est capable de déterminer le moment optimal pour déclencher une ovulation par injection, tout en prenant en compte les contraintes logistiques de la clinique. Il analyse les données biologiques des patientes pour générer des prédictions personnalisées sur les chances de concevoir un enfant, ainsi que la durée probable du parcours médical. Le but est d’anticiper les étapes clés, et d’éviter des traitements inutiles ou prématurés.

Intelligence artificielle et infertilité
Intelligence artificielle et infertilité, photo: pixabay

Magenta en Espagne et Cegyr en Argentine améliorent l’analyse embryonnaire

Autre innovation présentée : Magenta, un outil issu d’Espagne, pays pionnier de la PMA. Cette technologie a été nourrie par des milliers d’images d’ovocytes et d’embryons. Elle permet d’évaluer automatiquement la qualité des ovocytes avec une précision équivalente à celle des experts, attribuant un score de viabilité à chaque embryon potentiel.

En Argentine, à la clinique Cegyr, une machine à ultrasons autonome a démontré sa capacité à détecter les follicules matures avec une précision supérieure à celle de l'œil humain. L’imagerie automatisée marque ici un tournant majeur. C’est également une autre machine de cette même structure qui a permis à un patient infertile de concevoir un enfant après 18 années d’échecs, grâce à la détection de quelques spermatozoïdes viables.

Charli en Australie et la place croissante des robots

Du côté de l’Australie, une approche plus humanisée de l’IA a été présentée avec Charli, un modèle de langage conçu pour répondre aux interrogations des patientes. Il simule le comportement empathique d’une infirmière spécialisée, tout en suggérant des fenêtres optimales pour concevoir.

Les robots sont également en train de transformer la FIV en processus quasiment automatisé, de la ponction des ovocytes à la sélection embryonnaire. Cela permettrait notamment de pallier le manque de personnel médical qualifié dans certaines régions.

Daniela Nogueira et Michaël Grynberg pointent une "zone grise" de régulation

Malgré ces avancées, de nombreux experts soulignent le manque de validation scientifique uniforme et l’absence de réglementation claire. Pour Daniela Nogueira, directrice scientifique d’ART Fertility Clinics aux Émirats arabes unis et associée à Inovie Fertilité en France, le développement de ces outils évolue dans une "zone grise".

Elle estime que l’IA pourrait permettre une meilleure utilisation des ressources en réduisant les cycles de traitement, mais ne peut pour l’instant être considérée que comme un outil de soutien. Même prudence chez le Dr Michaël Grynberg, chef de service à l’hôpital Antoine-Béclère de Clamart : "Aujourd’hui, l’IA ne fait que nous faire gagner du temps."

Stéphane Viville, spécialiste à Strasbourg et membre exécutif de l’ESHRE, affirme qu’une analyse automatisée des vidéos d’embryons n’augmente pas les chances de grossesse, mais facilite le travail quotidien des embryologistes.

La fécondation in vitro - une science encore incertaine

La procréation médicalement assistée reste une discipline aux résultats aléatoires. Le taux de réussite reste inférieur à 50 %, quelles que soient les technologies employées. De nombreux paramètres biologiques ne sont toujours pas compris, rendant l’automatisation complète du processus difficile.

Comme le rappelle Daniela Nogueira, la fertilité est influencée par des facteurs multiples, souvent inconnus, ce qui complique l’intégration efficace de l’IA. Pour Michaël Grynberg, même les couples très fertiles ne réussissent pas toujours à concevoir à chaque tentative, ce qui souligne la complexité biologique de la reproduction humaine.

Fécondation in vitro
Fécondation in vitro, photo: pixabay

Une régulation encore absente, mais un avenir à structurer

Aujourd’hui, l’ESHRE ne propose encore aucune recommandation officielle sur les usages de l’IA en médecine reproductive. Selon Stéphane Viville, cela devrait changer. Il insiste pour que l’ESHRE prenne rapidement position, afin d’éviter une dérive non encadrée du secteur.

En attendant une normalisation des pratiques, chaque clinique élabore ses propres standards pour gérer les nouveaux outils. Daniela Nogueira anticipe un avenir où l’humain supervisera des systèmes automatisés, mais sans jamais déléguer les décisions médicales les plus cruciales.

L’essor de l’intelligence artificielle dans la lutte contre l’infertilité est incontestable. Mais ses bénéfices restent, pour l’instant, largement exploratoires.

Source: FRANCE24