Le plasma sanguin est au cœur de nombreux traitements médicaux. La France importe aujourd’hui 65 % de ce composant vital depuis les États-Unis. Pour limiter cette dépendance, les autorités françaises misent sur une mobilisation accrue des donneurs bénévoles et sur de nouvelles initiatives législatives.
Parmi les points essentiels:
- 65 % du plasma français provient des États-Unis
- 6 milliards d’euros de chiffre d’affaires générés par le marché américain en 2022
- 200 000 nouveaux donneurs visés par l’Établissement français du sang (EFS) d’ici 2028
- 1,4 million de litres de plasma nécessaires pour répondre aux besoins
- Clara Robert-Motta et l’enquête sur le marché américain
- Laboratoire du fractionnement et des biotechnologies aux États-Unis
- Établissement français du sang et objectifs 2028
- Pierre Cordier et la nouvelle loi en faveur des salariés
- Allemagne, Autriche et République tchèque comme modèles
- Vers une souveraineté sanitaire française
Clara Robert-Motta et l’enquête sur le marché américain
Dans son ouvrage De l’or dans le sang publié chez JC Lattès en 2024, la journaliste Clara Robert-Motta met en lumière un marché florissant. En 2022, les centres de collecte américains ont généré plus de six milliards d’euros. Aux États-Unis, les donneurs sont rémunérés entre 40 et 100 dollars par prélèvement.
Ces centres, souvent implantés dans les quartiers populaires ou près des campus universitaires, utilisent des stratégies marketing spécifiques :
- Programmes de fidélité transformables en dollars
- Parrainage de nouveaux donneurs
- Multiplication des collectes hebdomadaires
La moitié des structures est contrôlée par deux multinationales, l’australien CSL et l’espagnol Grifols.
Laboratoire du fractionnement et des biotechnologies aux États-Unis
Bien que la rémunération soit interdite en France, le Laboratoire du fractionnement et des biotechnologies (LFB), propriété de l’État, gère six centres américains. Ces installations sont situées en Alabama, au Colorado, en Floride, en Caroline du Nord et en Caroline du Sud.
Aux États-Unis, un donneur peut offrir son plasma jusqu’à 104 fois par an, contre seulement 24 fois en France. Selon un responsable de l’EFS interrogé par 20 minutes, les conséquences sanitaires de dons aussi fréquents restent mal connues.
Établissement français du sang et objectifs 2028
En France, l’EFS collecte et centralise le plasma. Celui-ci est ensuite envoyé au LFB pour transformation. Actuellement, le pays couvre seulement 30 % de ses besoins. L’objectif fixé est d’atteindre 1,4 million de litres de plasma d’ici 2028 grâce à 200 000 nouveaux donneurs.
Pour cela, plusieurs actions sont mises en place :
- Campagnes de communication régionales
- Ouverture d’une vingtaine de nouvelles maisons du don
- Acquisition de machines de prélèvement supplémentaires
- Recrutement de personnel spécialisé
Le don de plasma, plus long qu’un don de sang, nécessite environ une heure et un matériel spécifique. La technique utilisée, l’aphérèse, permet de récupérer uniquement le plasma et de restituer les globules rouges au donneur.
Pierre Cordier et la nouvelle loi en faveur des salariés
Le 4 juin, l’Assemblée nationale a adopté une proposition de loi transpartisane permettant aux salariés de donner leur sang sur leur temps de travail. Le texte, défendu par le député Les Républicains Pierre Cordier, attend désormais l’examen au Sénat.
Depuis le 1er septembre, les règles ont aussi été assouplies pour les donneurs tatoués ou percés, avec un délai réduit de 4 à 2 mois. Cette mesure vise à élargir le vivier de volontaires.
Allemagne, Autriche et République tchèque comme modèles
En Europe, certains pays comme l’Allemagne, l’Autriche et la République tchèque autorisent la rémunération des donneurs. En Allemagne, la compensation varie de 20 à 25 euros par don. Résultat : environ un tiers de la population y participe régulièrement.
La France importe du plasma provenant de ces trois pays, via une vingtaine de centres gérés par le LFB. L’Organisation mondiale de la santé (OMS) recommande à chaque État de tendre vers l’autosuffisance pour éviter une crise mondiale en cas de rupture d’approvisionnement américaine.
Vers une souveraineté sanitaire française
La pandémie de Covid-19 a rappelé les risques liés à une trop grande dépendance aux importations. Les interruptions temporaires d’acheminement depuis les États-Unis ont marqué les autorités sanitaires.
La France veut désormais renforcer son autonomie, tout en maintenant un modèle fondé sur le volontariat, l’anonymat et le bénévolat. Le défi sera d’augmenter le nombre de donneurs sans céder à la logique commerciale adoptée par d’autres pays.
Source: FRANCE 24, YouTube